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mardi 18 décembre 2012

Justice calculée

Si mes souvenirs sont bons, c’est au travers du film The Pelican Brief / L’affaire Pélican (1993), d’Alan Pakula, que j’ai mis mon premier pied dans l’œuvre du romancier John Grisham. Ce film, dont le scénario a été écrit par Pakula et Grisham à partir du roman de ce dernier, publié l’année précédente : The Pelican Brief (Doubleday Books, 1992, ISBN 978-01-385-42198-0 ; traduction française : L’affaire Pélican, Robert Laffont, 1993, ISBN 978-2-221-07389-6).
Ex-avocat reconverti dans l’écriture de romans policiers et judiciaires, John Grisham est devenu un auteur célèbre dès son deuxième roman, The Firm / La firme (1991), porté au grand écran, en 1993 également, par Sydney Pollack. Depuis lors, ces livres font généralement un tabac, et les scénaristes hollywoodiens piochent dans cette mine pour en tirer des films de qualité variable : par exemple, médiocre, à mon sens, pour The Chamber / L’héritage de la haine (1996) de James Foley, et de plus haute volée pour Runaway Jury / Le maître du jeu (2003) de Gary Fleder.




C’est sur le roman dont ce film est adapté, The Runaway Jury (Doubleday Books, 1996, ISBN 978-01-385-47294-3 ; traduction française Le maître du jeu, Robert Laffont, 2004, 978-2-221-10187-1), que je vais donner un coup de projecteur dans ce billet.


L’idée centrale de ce thriller juridique est que, dans un procès aux États-Unis, l’important n’est pas de faire éclater la vérité au grand jour, mais d’obtenir que le jury aille dans le sens de l’accusation ou dans celui de la défense. Et pour obtenir que le jury penche dans le sens qui lui convient, chaque partie semble prête à employer tous les moyens et ce, dès l’étape de la composition du jury. Et c’est bien ce qui est au cœur de ce roman : comment choisir les jurés, les influencer, faire pression sur eux, jusqu’à les manipuler, les « tenir » d’une manière ou d’une autre ?
Et dans cette lutte sans merci mise en scène par ce roman, les deux camps qui s’affrontent ont choisi des stratégies différentes. Deux camps ? Plutôt trois, dirais-je. Ou deux et demi. Vous êtes perdus ? J’explique !


Sans entrer dans les détails qui éventeraient le suspense plutôt bien mené de ce roman, je dirais qu’il y a deux camps classiques, et un troisième intervenant, plus original.
Le camp de l’attaque, celui d’une femme dont le mari est mort des suites d’un cancer dû au tabagisme.
Le camp de la défense, celui des grandes compagnies cigarettières, de sa cohorte de juristes payés à millions, et de ses gros bras qui font le sale boulot d’intimidation.
Et, naviguant entre les deux, un des jurés, qui s’est débrouillé pour être désigné comme juré et semble avoir décidé de brouiller les cartes en manipulant les deux autres camps en ayant, lui-même, la main sur le jury.




Petite parenthèse : cette manipulation du jury « de l’intérieur » n’a rien à voir avec l’intrigue de 12 Angry Men / 12 hommes en colère (voir, en particulier, le téléfilm original de 1954 par Franklin Schaffner, et surtout la superbe version ciné par Sidney Lumet, en 1957), où le juré n°8 tente, au contraire, d’ouvrir les yeux des 11 autres jurés pour leur faire regarder, par-delà les apparences et les préjugés, l’affaire qu’ils doivent juger.


Trois camps dans le jeu, mais il ne peut y avoir qu’un seul « maître du jeu ». Et c’est ce triple jeu dans lequel nous plonge John Grisham, fin connaisseur des rouages – pas toujours beaux – du système judiciaire états-unien. Pot de terre contre pot de fer, David contre Goliath, certes. Mais aussi vieil avocat un peu idéaliste contre jeunes juristes aux dents plus longues que les scrupules. Ou encore finesse de l’esprit contre puissance de l’argent, pressions de l’extérieur contre influence de l’intérieur.


J’ai trouvé que l’intrigue du roman met du temps à s’installer. Au point de m’être senti tenté de tourner les pages plus vite, en ne les lisant qu’en diagonale, pour voir quand cela allait « vraiment commencer ». Mais j’ai tenu bon, et je me suis rendu compte que cette lenteur de la mise en place était peut-être nécessaire à s’installer sans se presser, pour profiter au mieux de tout ce qui se déclenche par la suite, coups et contre-coups, feintes et retournements.


Bref, un roman que j’ai finalement dévoré sans faire la fine bouche.





Quant à son adaptation cinématographique réalisée par Gary Fleder, c’est également une réussite. Le scénario de Brian Koppelman, David Levien, Rick Cleveland et Matthew Chapman densifie l’intrigue, pour un film de deux heures. Dustin Hoffman est très bon en avocat de la partie civile, faussement idéaliste mais combatif. Gene Hackman, sourire carnassier et regard cynique, incarne un manipulateur que l’on adore détester. John Cusack met sa tête de « gendre idéal » au service de ce juré au jeu trouble. Et Rachel Weisz, à la fois fragile et déterminée, apporte un contrepoint féminin bienvenu à ce trio masculin.


Là où le roman met en scène l’affrontement avec les grandes firmes de l’industrie du tabac, le film montre la lutte avec les représentants de l’industrie des armes. Le choix de ce changement n’était pas une question d’être politiquement « correct » ou « incorrect » (les tueries collectives par armes à feu qui ensanglantent l’actualité outre-Atlantique sont, certes, spectaculaires dans le drame, mais le tabac, s’il tue plus discrètement, tue largement plus de monde) ; le choix a été motivé par le fait que le très bon film The Insider / Révélations (1999) de Michael Mann avait déjà traité d’action judiciaire contre l’industrie du tabac, et avait obtenu 7 nominations aux Oscars (sans y décrocher de récompense, toutefois).


Sur papier ou sur écran, ce Runaway Jury sort le grand jeu !



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dimanche 28 octobre 2012

Où est donc passée ta folie, Milos ?



Le Valmont (1989) de Milos Forman a eu le malheur d’arriver sur les écrans quelques mois après Les liaisons dangereuses de Stephen Frears, s’inscrivant donc dans un sillage déjà tracé. C’est regrettable pour le film de Forman, car lorsqu’il s’agit d’en parler, il est quasiment inévitable que la comparaison avec celui de Frears arrive dans la conversation.
Le film de Frears était déjà moins choc – car volontairement plus chic – que le roman de Choderlos de Laclos. Celui de Forman semble encore moins anguleux, presque plus autocensuré. Ainsi, le scénario de Jean-Claude Carrière, qui s’inspire bien sûr du roman, s’en éloigne largement plus que celui qu’a écrit Hampton pour Frears. Chez Laclos, Cécile de Volanges est violée par Valmont, et se fait avorter du fruit de ce viol ; chez Forman, Cécile est séduite par Valmont et en porte l’enfant. Chez Laclos, Mme de Tourvel se laisse mourir de chagrin ; chez Forman, elle se réfugie auprès de son mari qui passe généreusement l’éponge sur son infidélité passagère.


Attention, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : Jean-Claude Carrière n’est ni un manchot ni un traître systématique quand il s’agit d’adapter un roman au cinéma : ce qu’il a écrit pour Le retour de Martin Guerre (1982) de Daniel Vigne (à partir du roman de Janet Lewis), pour The Unbearable Lightness of Being / L’insoutenable légèreté de l’être (1988) de Philip Kaufman (roman de Milan Kundera) pour pour le Cyrano de Bergerac (1990) de Jean-Paul Rappeneau (pièce d’Edmond Rostand), ce n’est quand même pas torché sur un coin de table. Mais, pour distiller la cruauté et la provocation du roman de Choderlos de Laclos, peut-être fallait-il quelqu’un capable de plonger sa plume dans une encre plus retorse, plus déchirante, que celle avec laquelle Carrière a écrit ce Valmont. Trop gentil, au fond de lui, Jean-Claude Carrière ?


Même les acteurs choisis pour les rôles principaux semblent plus ronds, que ce soit les prédateurs ou les proies. Par exemple, Colin Firth (le Valmont de Forman) n’a pas le petit sourire carnassier de John Malkovich (le Valmont de Frears). Dans son rôle de séducteur, Firth semble plus fragile que Malkovich, presque moins froid ; le contraste que le roman établit entre le Valmont conquérant glacial du début et le Valmont déboussolé par ses sentiments enfin « humains » de la fin, s’en trouve diminué. Par contraste, si Annette Benning (Mme de Merteuil vue par Forman) donne une impression physique de moins de dureté que Glenn Close (Mme de Merteuil chez Frears), cela la rend plus dangereusement séduisante.


La distribution des rôles est allée à des acteurs plus jeunes que pour les mêmes rôles dans le film de Frears : Colin Firth (Valmont) a 29 ans, Annette Benning (Mme de Merteuil) en a 31, Henry Thomas (Danceny ; avez-vous reconnu en H. Thomas celui qui, en 1982, incarnait Elliott dans E.T. the Extra-Terrestrial, de Steven Spielberg ?) juste 17, et Fairuza Balk (Cécile de Volanges) pas plus de 15 ! Évidemment, la représentation – ou même simplement, l’évocation –, sur grand écran, du viol d’une jeune fille de 15 ans (et qu’importe, alors, l’âge du violeur) aurait été de nature à indisposer grandement le public potentiel de ce film.


Dans ce Valmont, la marquise de Merteuil et le vicomte de Valmont sont donc peints sous un jour moins détestable que dans le roman de Choderlos de Laclos, ou dans le film de Frears. Forman semble désirer nous en donner l’image de deux êtres qui veulent enterrer les conformismes mais qui finissent par tomber dans la fosse qu’ils ont creusée. En faisant de Valmont (ou, peut-être plus précisément, du duo Valmont-Cécile) le personnage principal de son film, Milos Forman distingue Valmont de Mme de Merteuil, et fait même de celui-là une victime de celle-ci.


Tant qu’à t’éloigner du roman, Milos – et cet éloignement est tout aussi légitime que la fidélité au texte originel – pourquoi n’as-tu pas poussé plus loin l’énergie, l’audace ? Ridley Scott s’est emparé du roman de Philip K. Dick Do Androids Dream of Electric Sheep? / Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques, pour en faire le superbe Blade Runner (1982), film noir et philosophique. De ton côté, tu avais dynamité Mozart dans Amadeus (1984), le peignant en rock-star déjantée, en génie foutraque et vulgaire, attachant et odieux. Pourquoi, après une première moitié de film porteuse d’émotion et de sensualité, es-tu resté si sage avec ce Valmont ? On pardonne tout aux traîtres, pour autant que leur trahison soit grande, belle, forte.

Quand tu as décidé de trahir Choderlos de Laclos, où était donc passée ta folie ?


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Des liaisons sur commande



La version de Stephen Frears, Les liaisons dangereuses (1988), est un bijou de réalisation et de jeu d’acteurs.
La distribution des rôles principaux a recours à quelques étoiles de cette fin des années 1980 ou de futures étoiles des années 1990 et 2000 : Glenn Close (la marquise de Merteuil), John Malkovich (le vicomte de Valmont), Michelle Pfeiffer (la présidente de Tourvel), Keanu Reeves (le chevalier Danceny) et Uma Thurman (Cécile de Volanges). Michelle Pfeiffer devait avoir une aura particulièrement « choderlosdelaclosienne », à l’époque, puisqu’elle s’était également vu proposer le rôle de de Mme de Merteuil dans… le Valmont de Milos Forman, tourné au même moment !


Comme dans la majorité de ses films, John Malkovich est excellent dans celui-ci ; il porte à merveille, jusque dans els cabotinages, son rôle de séducteur au cœur froid, dont l’armure de froideur va se fendre sous le feu que lui inspire la présidente de Tourvel. Glenn Close, elle, colle très bien au rôle machiavélique de la marquise de Merteuil ; sa dureté et son obsession de garder le pouvoir sur un homme ne sont pas sans me rappeler son rôle d’amante envahissante et déterminée devenant le cauchemar du personnage incarné par Michael Douglas dans Fatal Attraction / Liaison fatale (1987) d’Adrian Lyne. Le recours à ces stars les éloigne toutefois des personnages du roman quant à leurs âges : Glenn Close vient d’entrer dans la quarantaine au moment du tournage, Michelle Pfeiffer et Malkovich ne sont que de 5 ans ses cadets. Ce sont Uma Thurman (18 ans) et Keanu Reeves (24 ans) qui apportent une vraie image de jeunesse.


Michelle Pfeiffer campe très bien Madame de Tourvel, la citadelle de vertu supposément imprenable. Et Uma Thurman incarne une délicieuse Mlle de Volanges, trop ingénue pour ne pas être broyée dans la partie d’échecs qui se joue autour d’elle. Leurs interprétations ont, d’ailleurs, été saluées par la critique et, pour John Malkovich, Glenn Close et Michel Pfeiffer, couvertes de récompenses ou d’accessit (dont une nomination aux Oscars pour chacune des deux dames !).



Le film lui-même est de haute tenue. Une réussite, soit dit en passant, pour le premier film de commande réalisé par Stephen Frears pour la Warner Bros à Hollywood, lui jusque-là habitué à mener sa barque de réalisateur indépendant et à budget modeste en Angleterre. Comme quoi, le talent ne se commande pas, mais un réalisateur talentueux peut livrer une belle œuvre de commande. Aidé en cela, il faut le dire, par le très bon travail d’adaptation mené par Christopher Hampton (ce qui lui vaut un Oscar).
Le film n’est d’ailleurs pas l’adaptation directe du roman, mais l’adaptation au cinéma de l’adaptation en pièce de théâtre que Hampton en avait fait quelque temps auparavant ; une adaptation créée à Londres en 1985 par la Royal Shakespeare Company, avant de triompher à Broadway en 1987. C’est avec Alan Rickman qui incarnait Valmont sur scène à Londres ; le même rôle lui a été proposé pour le film, mais il a préféré rejoindre l’équipe de Die Hard / Piège de Cristal (1988) de John McTiernan. Ayant, pour Alan Rickman, une sympathie née de l’avoir apprécié dans des rôles aussi divers que chef de bande criminelle (Die Hard précité), shérif tragicomique de Nottingham (Robin Hood, 1991), ou fantôme préoccupé du bonheur de sa veuve (Truly Madly Deeply, 1990), j’aurais vraiment aimé le voir en Valmont.
Pour l’anecdote, la pièce de Hampton a été reprise, en 2012, par la compagnie australienne Sydney Theater Company.

La direction de la photographie, assurée par Philippe Rousselot, est à la hauteur de ce qu’il avait fait pour The Emerald forest / La forêt d’émeraude (1985) de John Boorman, ou L’ours (1988) de Jean-Jacques Annaud, ou de ce qu’il fera plus tard pour A River Runs Through It / Et au milieu coule une rivière (1992) de Robert Redford ou La reine Margot (1994) de Patrice Chéreau pour ne citer que ceux-là.


Je pourrais reprocher à ce film d’être resté dans une approche somme toute très « sage », dans l’image, dans la construction, dans le récit. Une audace supplémentaire aurait été leabienvenue, à mes yeux (sans atteindre, pour autant, le déchaînement rock’n’roll de la Marie Antoinette (2006) de Sofia Coppola). Parce que ces Liaisons dangereuses cinématographiques sont quand même loin de bousculer les convenances, de chahuter le spectateur, comme le roman pouvait bousculer les convenances et chahuter le lecteur. C’est un beau spectacle, aux dialogues ciselés, auquel il manque, à mon goût, quelque chose qui donnerait un coup de poing dans le ventre.

Mais je ne vais pas bouder mon plaisir : ce film me convient déjà très bien comme ça !



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samedi 27 octobre 2012

De la lettre à l'image

Dues à la plume de l’officier Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses (première édition à Paris en 1782) ont été l’un des ouvrages les plus lus de la fin du XVIIIe siècle. Dans ce roman par lettres, « six personnages tissent lentement l’une des trajectoires les plus scandaleuses de notre littérature » (Claude Fournet, in Dictionnaire des œuvres érotiques, éditions Robert Laffont, Collections Bouquins). Si j’ose dire, ces Liaisons dangereuses sont à l’opposé du Jeu de l’amour et du hasard, puisque, contrairement à ce marivaudage-ci, ce libertinage-là ne comporte quasiment pas d’amour, et certainement pas de hasard, dans tous ces calculs cyniques et hypocrites confinant au mépris de l’autre.
De ce roman-fleuve, le cinéma en a tiré plusieurs adaptations, deux siècles plus tard. Je n’en retiendrai ici, par goût personnel, que celles qui ont conservé un ancrage dans le XVIIIe siècle : la version de Stephen Frears, Les liaisons dangereuses (1988) et celle de Milos Forman, Valmont (1989). Mais les curieux pourront également regarder Les liaisons dangereuses (1959) de Roger Vadim, avec Jeanne Moreau et Gérard Philippe, ou Cruel Intentions / Sexe intentions (1999) de Roger Kumble, avec Sarah Michelle Gellar et Ryan Phillippe (qui n’a, que je sache, pas de parenté avec Gérard !).


Adapter Les liaisons dangereuses au cinéma expose réalisateur et scénariste à plusieurs difficultés.

En premier lieu, celle de ramener un roman polyphonique à un récit monodique, et donc trouver un moyen différent de traduire l’innocence, la duplicité, la naïveté, la froideur.

Ensuite, celui de contracter aussi bien le temps que l’espace. Dans le roman, le recours aux lettres permet de jouer sur la durée et sur la distance, puisqu’il n’y a pas d’immédiateté entre les actions et réactions des personnages, contrairement à ce qui se passe dans un film où les personnages sont directement confrontés les uns aux autres. Le livre laisse au lecteur le choix d’avancer à son propre rythme de lecture, qui s’ajoute au rythme du roman lui-même ; le film, lui, par son choix de récit et son montage, impose son rythme au spectateur. En regardant ces adaptations des Liaisons dangereuses, certains pourront trouver que cela va trop vite (par rapport au livre), et d’autres que c’est plein de longueurs (nombre de critiques sur des sites ou forums de cinéma pointent ce « défaut »). Je suis profondément convaincu que ni ce roman ni ses deux adaptations-là ne sont faits pour les gens pressés : que ce soit en 500 pages de roman ou en deux heures de films, cet univers est fait d’attentes, alternées avec des moments de fulgurance (le viol de Cécile par Valmont, par exemple) ; ceux qui ne veulent que de la fulgurance peuvent toujours retrouver Keanu Reeves en flic survolté dans Speed (1994) de Jan de Bont, plutôt qu’en chevalier Danceny sous la direction de Stephen Frears.



Qui plus est, les films, par leurs formats bien plus ramassés que le livre (même des films de 2 heures ou plus), doivent faire des choix, privilégier certains aspects du roman, certaines scènes, certains personnages, sous peine de mal étreindre à force de vouloir trop embrasser. À mes yeux, l’exemple même du film qui se prend les pieds dans le tapis sur ce point est l’Alatriste (2006) d’Agustín Díaz Yanes : à voir faire entrer plusieurs romans de la saga écrite par Arturo Pérez-Reverte dans un film unique – de près de deux heures et demie, tout de même – ce film n’arrive qu’à être à la fois incompréhensible pour ceux qui n’ont pas lu les romans, et superficiel pour ceux qui les ont lus.
Ainsi, quand Frears choisit de centrer son film sur le duo (les duellistes?) Merteuil-Valmont, Forman fait un choix plus exclusif, en se resserrant sur Valmont et Cécile de Volanges.


Frears et Forman ont également pris des voies divergentes quant au respect de la trame du roman. Le scénario de Jean-Claude Carrière pour Forman tend à adoucir les éléments les plus durs du roman : par exemple, Cécile n’est pas violée mais séduite par Valmont, elle ne cherche pas à perdre l’enfant qu’il lui a fait mais porte, au contraire, ce fruit de leur union ; et la présidente de Tourvel ne se laisse pas glisser vers la mort, mais retourne vers son mari qui ne lui tient pas rigueur de cette incartade. Pourtant, d’un autre côté, Valmont me semble plus ouvertement sensuel que Les liaisons dangereuses (Annette Benning est une Mme de Merteuil nettement plus charnelle que Glenn Close, par exemple).


Par les choix faits pour concrétiser tout cela en images, scénariste et réalisateur ne peuvent que s’attirer des mécontentements des adorateurs du roman ; chacun de ces adorateurs, en effet, a son idée bien arrêtée sur ce qui importe dans le roman… et qu’il ne retrouve pas, ou pas assez, dans le film.

L’un des choix importants, outre ceux ayant trait au fil du récit, est celui des acteurs puisqu’ils figent, d’une certaine façon, l’image mentale que l’on peut se faire des personnages à la lecture du livre. Dans Les liaisons dangereuses, la nature même de cet échange de correspondance laisse beaucoup de flou quant à l’apparence physique des uns et des autres. Lecteurs et lectrices s’en font leurs propres images, qui peuvent d’ailleurs évoluer au fil des lettres. Les acteurs, eux, cristallisent une vision unique. Surtout lorsqu’ils ont, comme Glenn Close ou John Malkovich – les Merteuil et Valmont de Frears – des « gueules » marquantes.


Les lieux, eux aussi, sont laissés dans le flou par ces lettres. Comment, alors, les traduire en images ? En les peignant de manière presque naturaliste, comme Stanley Kubrick dans Barry Lyndon (1975), inspiré par Thomas Gainsborough ou William Hogarth ? Ou bien en choisissant plutôt de ne pas les montrer en détail, jouant, pour cela, sur les gros plans et les profondeurs de champ réduites qui focalisent la netteté sur les personnages et laissent décors et accessoires dans des contours incertains ?
Le jeu avec les lieux est sensible dans ces deux films, qui vont tous deux dans le sens d’une mise en espace à la manière d’une pièce de théâtre.


Les scènes d’extérieur sont assez rares ; certaines ont pour simple rôle d’apporter des respirations, ou des informations sur le temps qui passe (le changement de saisons, par exemple) ; d’autres, particulièrement rares, sont des éléments-clés du récit, comme le duel entre Valmont et Danceny dans la version de Frears. Les endroits sont, reconnaissons-le, variés, puisque Frears nous emporte aux châteaux de Champs-sur-Marne, de Guermantes, de Lésigny, de Maisons-Laffitte, de Neuville, de Vincennes, et du Saussay, et à l’abbaye du Moncel, tandis que Forman nous invite les châteaux de Versailles et de la Motte-Tilly, l’Hôtel des Ambassadeurs de Hollande à Paris, ou encore l’abbaye aux Hommes à Caen.

Mosaïques de décors qui, au final, se résument surtout à quelques pièces : salons, boudoirs, chambres, où les intrigues se nouent et se dénouent. Comme au théâtre, chaque scène du film devenant, à sa manière, un moment de cette tragédie théâtrale. Un ressenti renforcé par le cadrage de l’image (gros plans sur les personnages, par exemple), ou par le jeu des acteurs (c’est particulièrement sensible dans la version de Frears, servie par deux acteurs principaux, Close et Malkovich, passés l’un et l’autre par l’école du théâtre).

Signalons, enfin, que l’un et l’autre films arrivent à glisser, ici ou là, un clin d’œil à la forme épistolaire du roman. Des lettres apparaissent en effet dans quelques scènes, soit de manière fortuite, soit de manière plus appuyée : lettres de menaces, lettres-preuves, lettre que l’on écrit en s’appuyant sur le corps nu de l’autre comme écritoire.


Stephen Frears et Milos Forman se sont donc approprié, chacun de son côté, ces Liaisons dangereuses ou, à tout le moins, leur esprit général, Frears (par le biais de Hampton) plus fidèlement, Forman (par le biais de Carrière) plus librement.
Il est assez étonnant de voir que, des deux adaptations, c’est celle de Frears qui est la plus exubérante, la plus flamboyante, lui qui, jusque-là, avait plus fait dans la retenue, avec son cinéma « social » (ce qualificatif est d’un réducteur…). Tandis que Forman, qui avait livré une version dynamitée de Mozart avec Amadeus (1985), livre, avec Valmont, une partition largement plus intimiste. Regarder, l’un à côté de l’autre, Les liaisons dangereuses et Valmont fait pencher la balance en faveur du premier, mieux filmé, plus cruel, plus dur.

Mais, ces deux films valant largement, l’un et l’autre, le détour pour lui-même, et pas seulement en comparaison l’un de l’autre, je consacrerai donc un billet particulier à chacun des deux.

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« Une fois n’est pas coutume, un cinéaste réussit un excellent remake d’un excellent film. Les acteurs y sont pour beaucoup même si l’ensemble vaut réellement une pleine attention de la part du spectateur. Donc, une très bonne adaptation de Stephen Frears mais que ça ne vous empêche pas de voir également le chef d’œuvre original de Roger Vadim… »

Voir dans le film de Frears un remake de celui de Vadim, c’est une opinion assez osée. A ce compte-là, on peut se demander si The Three Musketeers (2011) de Paul Anderson est le remake de The Three Musketeers (1948) de George Sidney, ou d’un truc plus ancien et méconnu. Mais de là à penser que ça pourrait remonter à des temps où le cinéma n’existait pas, il y a un pas conceptuel pas facile à franchir. Ah, si Choderlos de Laclos avait au moins réalisé un film, ses Liaisons dangereuses à lui auraient pu être qualifiées de « chef d’œuvre original » par ce backpacker.


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mercredi 24 octobre 2012

Polyphonie de guerre

C’est peut-être parce que Pierre Choderlos de Laclos (1741-1803) était officier d’artillerie que l’idée d’un champ de bataille me vient à l’esprit en lisant ses Liaisons dangereuses (1782). Ou peut-être parce que j’ai déjà entendu cette métaphore à propos de ce roman. 


Quoi qu’il en soit, m’étant replongé dans ce roman à l’occasion de ces défis littéraires, c’est bien cette image qui m’est (re)venue en tête. Une bataille dans les mots, les cœurs et les corps, à la fin de laquelle la plaine est jonchée de cadavres, ceux du camp prétendument vainqueur comme ceux du camp défait.


Tout comme les guerres dites « en dentelles » n’étaient pas moins impitoyables ou meurtrières que celles en des siècles précédents ou suivants, ce chassé-croisé en séducteurs et séduits, même vêtus de dentelles, va faire mordre la poussière à plus d’un, au sens figuré comme au sens propre. Ici, il s’agit d’une guerre dont les prétextes sont tout aussi vains que ceux des guerres entre rois : la volonté de venger un honneur bafoué, l’appétit de briller au firmament, l’avidité du pouvoir sur les autres. Et, comme à la guerre, on ne se livre pas toujours bataille de puissance à puissance, mais par mercenaires interposés, chargés de ruiner un petit État voisin, pour l’exemple.



Hélas, certains mercenaires ont leurs propres rêves de gloire, qui peuvent leur faire oublier l’objet premier de leur mission. Alors on manœuvre, on parade, on bombe le torse, on fait donner le tambour, tout en complotant dans les arrière-cours des chancelleries. Rodomontades des militaires et duperies des diplomates, jusqu’au jour à c’est le canon qui tonne, fauchant indifféremment les rêves de vengeance, les appétits de puissance, et les bonheurs simples.

Un des problèmes des Liaisons dangereuses, à mon avis ? Être un de ces livres inclus dans un programme scolaire de littérature au lycée. Pourquoi y vois-je un problème ? Parce qu’il me semble que cela donne aux livres ainsi « « étudiés en classe » la double dimension d’un ouvrage dont la lecture est obligatoire et d’un ouvrage dont il faut se colleter le décorticage en règle et l’interprétation en grande partie imposée. Autant je suis favorable à inciter les gens à lire (et à lire tous azimuts, si l’envie leur en vient), autant placer la lecture dans ce carcan obligatoire me paraît de nature à faire passer certaines personnes à côté du plaisir qu’elles auraient pu trouver à lire ce même livre dans des conditions différentes. J’ai même cru comprendre que certains, des années plus tard, souffraient encore de leur rencontre avec La princesse de Clèves, au point de vouloir, excès inverse, la bannir du champ de l’enseignement ou de la culture générale, sous prétexte qu’elle n’est pas « utile ».



Or, même sans ce poids de l’obligation scolaire, Les liaisons dangereuses, ça peut déjà avoir un effet « ça passe ou ça casse », déclencher des applaudissements à tout rompre ou des sifflets stridents. La structure de ce roman est touffue, les intrigues se croisent et se décroisent, le langage peut être un frein à la fluidité de la lecture, et le caractère formel de ces échanges de correspondance peut empêcher de voir, derrière les formules de politesse et la lenteur née des répétitions, la vivacité et la violence de ce qui se trame.

Car, contrairement aux souvenirs de campagne que pourrait publier un grand officier, et qui donnerait, au travers du regard de ce témoin unique, une vision d’ensemble de la guerre qu’il vient de mener, Les liaisons dangereuses sont des mémoires polyphoniques. Autant d’acteurs, autant de perspectives, autant de langages, autant de vérités ou de mensonges. Et c’est au lecteur de retrouver la mélodie principale dans ce chœur parfois dissonant de confidences sincères, d’aveux chattemites, d’exigences à peine voilées. Il faut prendre le temps de s’imprégner de ces lettres, de leurs mots, qui dessinent le portrait, parfois en creux, parfois en relief, de ces sept personnages-auteurs, certains à l’avant-plan, d’autres plus effacés. Dans la naïveté ou la duplicité, la vertu ou le vice, la fougue ou la retenue, mais d’une certaine façon, dans un certain aveuglement qui fait qu’aucun d’entre eux ne semble voir la tragédie qui approche.


Quant au libertinage des uns ou des autres, il est ici présenté sous un jour plutôt sombre. Qu’il est loin le libertinage jouisseur généreux, fulgurant, irrévérencieux, impie, que brosse Bertrand Tavernier dans Que la fête commence ! (1975). On est plutôt dans le cynisme glacial du Ridicule (1996) de Patrick Leconte.
A tant vouloir le séparer du cœur, des sentiments, il n’est, dans ces Liaisons dangereuses, que calculs cyniques, manipulations, trahisons, comme si un Valmont ou une Merteuil ne pouvaient tirer du plaisir pour eux-mêmes que dans le déplaisir des autres, trompés, forcés, conquis et abandonnés. Au point que Valmont se trouve désarmé par ses propres sentiments, peut-être si nouveaux et, à tout le moins, si dangereux pour lui : ils sont si tendres qu’ils ne peuvent être que faiblesse, faiblesse de l’amour minant la force de son orgueil.
Les libertins de Choderlos de Laclos ne veulent pas bousculer la société ; au contraire, ils veulent continuer à en faire partie, derrière le masque de la respectabilité, façon Mme de Merteuil, ou auréolé de la gloire de l’irrésistible séducteur, à la Valmont. Certains lecteurs, attirés par la réputation sulfureuse de ce roman (au moins à l’époque de sa publication), pourraient être étonnés du fait que les scènes licencieuses en sont à peu près totalement absentes. C’est que le libertinage y est plutôt cérébral, justement parce qu’il est porté par ces désirs de vengeance et de pouvoir, et non par l’hédonisme souriant ou la gourmandise – ou les excès – de la chair.


Alors, plus que la perversion ou la débauche, ce sont finalement les apparences et le conformisme social qui abattront le vicomte de Valmont et la marquise de Merteuil, chacun d’eux frappé derrière son masque. En fait de liberté, ces libertins-là meurent enfermés derrière les murs du labyrinthe froid et sans issue qu’ils ont contribué à bâtir.
Que penser, alors, du message de Choderlos de Laclos, dans ce roman sous-titré « Lettres recueillies dans une société et publiées pour l’instruction de quelques autres » ? Faut-il, d’ailleurs, chercher un message particulier, dans ces Liaisons dangereuses ? D’autres que moi s’y sont essayé, s’interrogeant sur l’ambiguïté de l’œuvre, sur son sens moral ou politique. Pamphlet à charge contre une aristocratie cynique ? Ouvrage moralisateur ? Fantaisie libertine ? Attaque subreptice contre le conformisme, les faux-semblants, l’hypocrisie de la respectabilité ? Plaidoyer pour un changement de la condition et du statut de la femme dans la société ?

Lisez-les, et faites-vous votre propre opinion !

Les éditions de ce livre ne manquent pas, des plus abordables financièrement (au format de poche) aux plus anciennes, particulièrement recherchées par les bibliophiles. L’édition de la Pléiade (Gallimard, collection Bibliothèque de la Pléiade, n° 6, 2011, ISBN 9782070119370, basée sur une édition de 1787), outre sa belle présentation et ses compléments fort éclairants pour le lecteur (notes, critiques, illustrations, etc.), présente l’insigne avantage de compter 1040 pages, et, donc, d’entrer dans le champ du Défi des Mille !

Mais des éditions comptant moitié moins de pages n’en sont pas plus mauvaises. Alors, que chacun fasse selon ses goûts et sa bourse. Sans oublier que les médiathèques et bibliothèques publiques permettent d’y accéder à tout petit prix, voire gratuitement ; il ne faut donc pas se priver de goûter à ces Liaisons dangereuses, même si c’est pour dire, sans détour, « ce livre n’est vraiment pas fait pour moi ».




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Je vous donne rendez-vous dans un prochain billet, pour parler des adaptations cinématographiques qu’en ont faites Stephen Frears avec Les liaisons dangereuses (1988) et Miloš Forman avec Valmont (1989).

En attendant ce billet-là, vous devez faire le détour par le blog de Delit Maille, pour y découvrir une autre forme d’adaptation, « un petit Arty Délit littéraire en costume d’époque » : Arty Délit tricote tes Liaisons Dangereuses. C’est inventif et hilarant !


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jeudi 18 octobre 2012

Les écrans de Fanny Hill

Le roman de John Cleland, Fanny Hill (1748), auquel j’ai consacré un précédent billet, a été porté à l’écran – grand et petit – à plusieurs reprises, avec plus ou moins de bon goût.

Je commence par vous épargner des commentaires sur la dizaine de films, en particulier dans les années 1960 et 1970, dont une Fanny Hill est le personnage-prétexte, et dont les titres laissent présager qu’il ne s’agit pas de grands moments du cinéma. Ou alors, c’est du génie caché derrière des titres maladroits, comme Fanny Hill Meets Dr. Erotico (1969) de Barry Mahon, ou le très prometteur, également, Jorden runt med Fanny Hill (1974 ; en français La cavaleuse au corps chaud, pas moins !) de Mac Ahlberg.


Point de XVIIIe siècle à l’horizon, le seul 18 de ces films devant être celui en-dessous duquel il était interdit de les regarder… mais au-dessus duquel il faut vraiment n’avoir que ça en filmothèque pour les regarder.


En 1964, c’est Russ Meyer qui livre sa version de Fanny Hill avec, dans le rôle-titre, Letícia Román (née Letizia Novarese), dont la filmographie est composée, en majeure partie, d’œuvres plutôt oubliables, voire oubliées. L’étonnant, dans cette version, dont la trame n’est qu’assez lointainement inspiré du roman, c’est que Russ Meyer, qui deviendra le pape de la poitrine exubérante, l’archimandrite des décolletés plus qu’opulents, le grand mufti de la starlette mamelue, réalise ici un film qui n’arrive pas à être érotique. Ni même comique, ou alors à un tel « degré » de comique qu’il passe à des lieux de mon esprit. Quant à ceux qui seraient curieux de la façon dont le XVIIIe siècle y est représenté, je leur répondrais que c’est à peu près n’importe quoi, à moins de considérer que la deuxième moitié du XIXe siècle est une approximation pas trop mauvaise du XVIIIe siècle.


L’adaptation par Gerry O’Hara, Fanny Hill (1983), est plus fidèle à l’esprit et au temps du roman. Gerry O’Hara a été l’assistant-réalisateur de quelques bons – voire très bons – films comme Our Man in Havana / Notre agent à La Havane (1959) de Carol Reed, ou Term of Trial / Le verdict (1962), de Peter Glenville. Et surtout d’un film que les amateurs du XVIIIe siècle et de l’esprit libertin ne peuvent ignorer : Tom Jones / Tom Jones: de l’alcôve à la potence (1963), de Tony Richardson (je consacrerai un prochain billet à ce Tom Jones, soit dit en passant). Ce Fanny Hill n’est pas du grand cinéma, mais il plane tout de même quelques lieues au-dessus de celui de Russ Meyer.



Le Fanny Hill (1995) de Valentine Palmer, est de son côté, son unique réalisation, lui qui a été l’acteur épisodique d’une quinzaine de films en trente ans, et qui incarne Mr. Norbet dans son adaptation du roman de Cleland. Adaptation mièvre, avec cette (non-)qualité d’image que donne la vidéo de téléfilm. Bref, un de ces films érotiques donnant l’impression d’être tournés à la chaîne et diffusés à la chaîne, également, en troisième partie de soirée sur la TNT. Plutôt que de veiller tard pour regarder ce navet, veillez tard pour lire le roman !


Il faut attendre que la BBC s’empare du roman de Cleland et en tire le téléfilm en deux parties Fanny Hill (2007), réalisé par James Hawes (à qui l’on doit aussi certains épisodes de la série Merlin, par exemple), pour que cette œuvre trouve une adaptation de qualité. L’apport du scénariste Andrew Davies n’y est pas pour rien, lui qui avait été scénariste, entre autres, du Tailor of Panama / Le tailleur de Panama (2001) de John Boorman, savoureuse adaptation du nom moins savoureux roman de John Le Carré, ou de la série Sense & Sensibility / Raison et sentiments (2008), d’après Jane Austen. Andrew Davies a su adapter le roman de Cleland sans tomber dans l’indélicatesse (j’imagine que la BBC veillait au grain, aussi!), comme il avait su peindre avec délicatesse l’histoire amoureuse entre deux femmes dans Tipping The Velvet (2002, 3 épisodes). Une adaptation portée, aussi, par le charme de Rebecca Knight, dont Fanny était le premier « grand rôle » rôle en dehors de quelques courts-métrages tournés en 2006 et 2007

Vous l’avez compris, des différentes adaptations de Memoirs of a Woman of Pleasure / Fanny Hill, c’est bien la plus récente qui est la plus intéressante, tant pour son fond, respectueux du roman sans tomber dans le graveleux, que pour son esthétique.

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J'ai publié un billet complémentaire, sur des adaptations de ce roman en bandes dessinées.

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